Hommage à Emile Zatopek

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La course vers le ciel. Emil Zatopek s'est éteint, le 22 novembre 1999, à l'âge de 78 ans, à l'hopital de Prague des suites d'une longue maladie à l'hôpital militaire de Prague-Stresovice. Zatopek y avait été hospitalisé depuis plusieurs semaines suite à une hémorragie cérébrale.

L'incroyable foulée du Tchèque a inscrit sur les pistes, quelques unes des plus belles marques de l'histoire de l'athlétisme de 1948 à 1957.

 

Naissance d'un mythe

Né en Moravie du Nord le 19 septembre 1922, il est le 6e enfant d'une modeste famille et d'un père charpentier, puis quitte l'école très jeune pour un emploi d'apprenti-ouvrier. Il se passionne pour la course à pied et participe à sa première compétition, une épreuve de propagande organisée par l'envahisseur nazi, dont il termine 2e. A la libération, il comprend, parce qu'il ne connait pratiquement pas l'essoufflement, qu'il peut faire beaucoup mieux, et s'engage dans l'armée où il dispose de toutes les facilités pour s'entraîner.

   

Zatopek révolutionne les méthodes d'entraînement en créant la technique des fractionnés. Là où les autres militaient pour les deux entraînements hebdomadaires, Zatopek plébiscite la multiplication des exercices : travaux physiques, sprints et longues distances. Son style si particulier, d'apparence torturée, a été analysé avec justesse par le docteur suisse Paul Martin dans un ouvrage intitulé 100 ans de Jeux olympiques : «Ses grimaces étaient la preuve de la déconcentration absolue de tous les muscles inutiles. Il ne peine pas dans l'effort. Son entraînement est poussé à un tel degré qu'il pourrait toujours couvrir une distance double de celle qu'il vient de parcourir victorieusement».

 

 

La légende

C'est en 1948, lors des Jeux de Londres, qu'il se révèle au grand public, en remportant la médaille d'or sur le 10 000 m devant le Français Alain Mimoun. Un an plus tard, il établit un nouveau record du monde sur cette même distance. En 1951, il devient le premier homme à franchir la barre des 20 kilomètres parcourus dans l'heure (20,052 km). Il fut également le premier homme à descendre sous les 29 minutes sur 10.000.

Mais Zatpoek, la "Locomotive" réalise son plus grand exploit aux JO d'Helsinki en 1952, remportant un triplé historique 5000 m 10 000 m marathon.

 

Rarement une course fut aussi disputée. A l'abord du dernier virage, ils étaient encore quatre à pouvoir prétendre à la médaille d'or, l'Allemand Schade, le Britannique Chataway, le Français Mimoun et Zatopek légèrement distancé. Dans le dernier 100 mètres, le Tchèque trouvait un second souffle, passait un par un ses rivaux et voyait tomber Chataway sur le tartan. Et pour couronner sa semaine triomphale durant laquelle il conquit trois médailles d'or, Zatopek eu le plaisir de les partager avec son épouse, Dana Ingrova-Zatopkova, née le même jour que lui (le 22 septembre 1922), est sacrée championne olympique du lancer du javelot.

De 1948 à 1954, Emil Zatopek demeura invaincu sur 10.000 mètres, remportant par la même 38 victoires d'affilée. Avec quatre titres olympiques sur le fond et pas moins de 18 records du monde, Emil Zatopek est l'un des athlètes modernes les plus titrés.

Héros de tout un peuple, Zatopek tente un ultime pari aux JO de Melbourne sur les 42,195 km, où, à 34 ans, fatigué et malade : il souffre d'une hernie discale. Il termine (6e) et subit, la loi de l'éternel 2e, Mimoun, enfin sacré champion olympique. Il se retire en 1957 et reprend son activité, comme colonel, au sein du ministère de la défense.

Conscience politique

Communiste convaincu et colonel dans l'armée tchèque, Zatopek ne manqua pas de s'élever contre l'invasion des chars russes en Tchécoslovaquie au printemps 68. Une nuit, il s'était rendu dans Prague sur les lieux mêmes des manifestations. La foule l'ayant reconnu l'interpella et lui demanda d'improviser un discours dans lequel il invita l'armée à respecter une trêve olympique.

  

Quelques jours plus tard, le Tchèque fut exclu de l'armée et envoyé dans les mines d'uranium de Jachymov pendant six ans et pour 1200 francs par mois à de sombres tâches de travaux manuels. En 1975, il est rétabli dans des fonctions plus en harmonie avec son prestige au centre d'informations des sports, à Prague.